Le Samedi de Lazare : Signification, Récit et Traditions Orthodoxes

Le Samedi de Lazare : Signification, Récit et Traditions Orthodoxes

🕐 Temps de lecture : 6 min
✍️ Par l'équipe Sapiens France

Un samedi qui se chante comme un dimanche. Huit jours avant Pâques, l'Église orthodoxe fait mémoire d'un ami de Jésus rappelé du tombeau après quatre jours, et transforme ce qui devrait être un jour de pénitence en une véritable fête. Le Samedi de Lazare n'est pas un miracle parmi d'autres : il annonce, par avance, la victoire du Christ sur la mort. Voici son récit, son sens profond et les coutumes, parfois surprenantes, qui l'entourent encore.

✝️ Le Samedi de Lazare en bref

Célébré la veille des Rameaux, il commémore le réveil de Lazare quatre jours après sa mort. Seul jour de l'année où l'office de la Résurrection est chanté hors d'un dimanche, il clôt le Grand Carême et ouvre la Semaine Sainte.


Le récit évangélique selon saint Jean

L'épisode nous vient du onzième chapitre de l'Évangile de Jean. Lazare, habitant de Béthanie et frère de Marthe et de Marie, était un ami intime du Christ. Lorsqu'il tombe gravement malade, Jésus se trouve loin, de l'autre côté du Jourdain. À ses disciples, il annonce d'abord que Lazare « repose », avant de préciser sans détour qu'il est mort.

Quand Jésus atteint enfin Béthanie, quatre jours se sont écoulés depuis la mise au tombeau. Marthe vient à sa rencontre, le cœur lourd : si le Seigneur avait été présent, son frère vivrait encore. Devant le sépulcre, le Christ pleure, un détail que l'hymnographie orthodoxe lit comme la preuve de son humanité pleinement assumée. Puis, malgré l'objection de Marthe qui rappelle que le corps se décompose depuis quatre jours, il fait rouler la pierre et appelle d'une voix forte : « Lazare, viens ici ! » Le mort ressort, encore enveloppé de ses bandelettes.

📜 Fait Méconnu : un miracle qui hâte la Croix

Le réveil de Lazare ne provoque pas seulement l'enthousiasme de la foule qui accueillera le Christ à Jérusalem le lendemain. Dans le récit de Jean, il est aussi l'élément qui décide les grands prêtres à vouloir la mort de Jésus. La même scène qui annonce la Résurrection précipite ainsi la marche vers la Passion.


Pourquoi le Samedi de Lazare est une fête pascale

Pour la tradition orthodoxe, ce geste dépasse le prodige : il est une théophanie, une manifestation directe de la divinité du Christ. Les autres retours à la vie rapportés dans les Écritures surviennent peu d'heures après le décès. Ici, quatre jours ont passé et la décomposition est engagée. En franchissant ce seuil, le Christ ne se contente pas d'un signe de plus : il garantit d'avance sa propre Résurrection et celle promise à toute l'humanité.

De là vient un fait unique dans le calendrier. Ce samedi, qui devrait rester un jour de jeûne dans le rythme du Grand Carême, est célébré liturgiquement comme un dimanche. C'est la seule fois de toute l'année où l'office de la Résurrection, normalement réservé au dimanche, est chanté un autre jour. Le tropaire du jour l'exprime clairement : le miracle a été accompli pour affermir la foi en la résurrection de tous.


Réveil ou résurrection : la mort deux fois de Lazare

Un mot grec suffit à mesurer toute la portée théologique de la scène. Ce qui arrive à Lazare n'est pas nommé anastasis (résurrection), mais egersis (réveil). La nuance est décisive :

  • Le réveil de Lazare : un rappel à la vie terrestre, provisoire. Lazare reviendra à son existence d'homme, puis mourra de nouveau, cette fois selon le cours ordinaire de la nature.
  • La résurrection du Christ : une victoire définitive et plénière sur la mort, que ce même mot désignera à Pâques.

Saint Lazare est donc mort deux fois : une première, humainement impossible, alors que son corps se corrompait déjà ; une seconde, naturelle, qui le fait entrer, avec tous les justes, dans l'attente de la résurrection universelle promise pour la fin des temps.


Un pont entre le Carême et la Semaine Sainte

Contrairement au rite romain, le rite byzantin sépare nettement les quarante jours du Grand Carême de la Semaine Sainte qui les suit. Entre les deux, le Samedi de Lazare et le Dimanche des Rameaux forment une charnière singulière, presque paradoxale, partageant le même tropaire et la même hymnographie. Aux Vêpres de la veille, l'Église proclame officiellement le Carême achevé. La joie de la fête et l'ombre de la Croix s'y touchent déjà.

📜 Contexte Historique : un grand jour de baptême

Dans l'Église ancienne, le Samedi de Lazare comptait parmi les grandes dates baptismales de l'année. Les catéchumènes préparés durant tout le Carême y recevaient parfois le baptême, d'autres attendant le Jeudi ou le Grand Samedi. Trace de cet usage : à la Liturgie du jour, l'hymne baptismale « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ » remplace le Trisagion habituel.


Chants, traditions et jeûne du Samedi de Lazare

Les hymnes du jour lisent le récit comme une illustration des deux natures du Christ : selon son humanité, il pleure et demande où l'on a déposé son ami ; selon sa divinité, il ordonne au mort de se relever. Beaucoup de ces chants évoquent le tombeau et les bandelettes funéraires comme une image de l'âme prisonnière du péché.

La veille au soir, à complies, on lit le Canon de la résurrection de Lazare composé par saint André de Crète, un long poème pénitentiel de neuf odes. Le même soir s'achève la lecture de la Genèse, entamée au premier jour du Carême, sur le récit de la mort de Jacob, écho voulu au mélange de deuil et d'espérance qui traverse la journée.

Du côté des coutumes populaires, plusieurs usages ont traversé les siècles :

  • Le retour des ermites : ceux qui ont passé le Carême en solitude au désert regagnent le monastère pour célébrer la Semaine Sainte avec leurs frères.
  • Les croix de palmier : en Grèce, on tresse ce jour-là des croix en feuilles de palmier, distribuées le lendemain aux Rameaux, puis gardées près de l'icône familiale jusqu'à l'année suivante.
  • Les lazarakia : de petits pains épicés en forme de personnage, deux clous de girofle en guise d'yeux, évoquant Lazare dans son linceul. Sans œufs ni laitage, ils respectent le jeûne du jour.

📜 Anecdote : Lazare de porte en porte

Dans certains villages grecs, des enfants passaient de maison en maison en chantant le miracle de Lazare. Une coutume proche existait au Liban, où de jeunes chrétiens en mimaient la scène : l'un d'eux s'allongeait à terre avant de se relever au cri de « Lazare, lève-toi ! ». Le récit évangélique se rejouait ainsi, en miniature, dans les rues du village.


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FAQ : Questions fréquentes sur le Samedi de Lazare

Le Samedi de Lazare fait-il partie de la Semaine Sainte ?

Oui, dans la tradition orthodoxe, à la différence de l'usage occidental où la Semaine Sainte s'ouvre aux Rameaux. Ce samedi est vu comme le véritable point de départ de la Grande Semaine et forme, avec le Dimanche des Rameaux, un pont entre l'ascèse du Carême et la contemplation de la Passion.

Pourquoi dit-on que Lazare est mort deux fois ?

Parce que le mot grec employé est « réveil » (egersis) et non « résurrection » (anastasis). Rappelé miraculeusement à la vie terrestre après quatre jours au tombeau, Lazare connaîtra plus tard une seconde mort, naturelle celle-là, avant d'attendre, comme tous les justes, la résurrection universelle de la fin des temps.

Pourquoi célèbre-t-on ce jour comme un dimanche ?

Parce que le Samedi de Lazare est tenu pour une fête pascale à part entière, qui anticipe le mystère de la Résurrection célébré pleinement à Pâques. C'est la seule occasion de toute l'année où l'office de la Résurrection, propre au dimanche, est chanté un autre jour de la semaine.

Que sont les lazarakia ?

Ce sont de petits pains épicés grecs préparés pour l'occasion, façonnés en forme de personnage avec des clous de girofle en guise d'yeux, en référence à Lazare enveloppé de son linceul. Conformes au jeûne du jour, ils ne contiennent ni œufs ni produits laitiers, à la différence des brioches pascales.

Quand tombe le Samedi de Lazare ?

Il précède immédiatement le Dimanche des Rameaux, soit huit jours avant Pâques. Sa date suit donc celle de la Pâque orthodoxe, qui varie chaque année selon le comput ecclésiastique. Il ouvre ainsi la dernière ligne droite vers la nuit de la Résurrection.

Comment marquer le Samedi de Lazare ou l'offrir en présent ?

On peut préparer des lazarakia en famille, tresser une croix de palmier ou disposer une icône de la scène près du coin de prière. Pour une paroisse ou un foyer, un drapeau orthodoxe prolonge naturellement l'esprit de la Semaine Sainte qui s'ouvre. Notre collection de drapeaux orthodoxes propose plusieurs modèles pour ces moments.

Pourquoi les ermites reviennent-ils au monastère ce jour-là ?

C'est une tradition ancienne des monastères du désert. Les ermites, qui vivent le Grand Carême dans une stricte solitude, rentrent au monastère le Samedi de Lazare pour célébrer ensemble les offices de la Semaine Sainte, retrouvant la communion fraternelle après des semaines d'ascèse individuelle.

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